Le Conseil
fédéral a donné son feu vert à des projets pilotes permettant d’être
hospitalisé dans des pays limitrophes.
Un
assuré suisse pourra aller se faire soigner dans un pays frontalier.
Et ses frais lui seront remboursés par l'assurance de base. Ce
scénario deviendra bientôt réalité, mais seulement sous forme de
projet pilote.
Le premier essai devrait concerner la circonscription de Lörrach en
Allemagne et les cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne. Le
Conseil fédéral a donné hier son feu vert à une telle expérience.
Désormais, les deux cantons concernés et les assureurs intéressés
devront finaliser leur projet. Et l'Allemagne adapter sa
législation. Selon Daniel Wiedmer, chef de la division Surveillance
assurance-maladie à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), ce
premier projet pilote devrait débuter le 1er juillet ou le 1er août
pour une période de trois ans. Quel est l'objectif recherché?
Examiner si la coopération transfrontalière permet de freiner la
hausse des coûts de l'assurance-maladie. Pascal Couchepin ne le
cache pas: il espère que cette nouvelle concurrence diminue les
prix. Mais le chef du Département fédéral de l'intérieur a insisté
hier, l'échange est prévu dans les deux sens: des patients allemands
devraient aussi franchir la frontière pour venir se faire soigner en
Suisse: «C'est déjà le cas, mais il faut aller plus loin et ainsi
secouer notre système afin que la Suisse soit davantage
concurrentielle dans ce domaine», a affirmé le conseiller fédéral
radical.
D'autres cantons suivront-ils l'expérience bâloise? Genève pourrait
être intéressé. De même que le Tessin, ou le Jura. Et le canton de
Vaud? Rien n'est prévu pour l'instant.
Assurés prêts à franchir la frontière?
Ces projets pilotes qui concerneront uniquement des prestations
prises en charge par la LAMal seront suivis de très près par des
scientifiques. Leur financement sera pris en charge par les cantons
concernés et les assureurs.
Les assurés seront-ils prêts à traverser la frontière pour se faire
soigner?
A l'OFSP, certains doutes sont émis. Un collaborateur rappelle la
difficulté à fermer un hôpital situé à 20 kilomètres d'un autre.
Toutefois les assureurs ont réfléchi à des mesures incitatives: par
exemple ils renonceraient entièrement ou partiellement au
prélèvement de la franchise pour les médicaments ou les frais
d'hospitalisation. Quant aux prix, ils seront négociés entre
assureurs et fournisseurs de soins, mais ils ne seraient pas
forcément identiques à ceux pratiqués pour les autochtones.
Pascal Couchepin lance la libre circulation des malades. Des soins
fournis à l'étranger pourront être remboursés par l'assurance
maladie de base dans le cadre de projets pilotes limités aux zones
frontalières, et ceci pendant trois ans. C'est la région des deux
Bâle, avec celle de Lörrach, en Allemagne, qui sera la première à
participer à cet essai. L'objectif est de tester la coopération
transfrontalière afin de déterminer si elle a une influence sur les
coûts. «Il s'agit de renforcer la concurrence et d'obtenir une
baisse des prix», a expliqué le ministre de la Santé.
Aujourd'hui, le «tourisme des soins» est admis dans les assurances
complémentaires. Or le Conseil fédéral a accepté hier d'encourager
cette démarche, mais à certaines conditions. D'abord, les assureurs,
les cantons et les fournisseurs de soin devront s'entendre sur les
prix, afin d'éviter tout dumping sur les prestations et les
traitements concernés. Parmi les cas qui entrent dans le cadre du
projet, Berne pense par exemple à de la réhabilitation après une
opération cardiaque. C'est le département de Pascal Couchepin qui
donnera l'autorisation pour ces expériences.
Pour inciter les assurés à s'expatrier, les assureurs pourront
renoncer en partie ou entièrement au prélèvement de la franchise,
qui oscille entre 300 et 2500 francs, et à la contribution aux frais
de médicaments et d'hospitalisation. Si les hôpitaux ont manifesté
des réticences à cette proposition, les assureurs se disent déjà
satisfaits.
Diminution des réserves
Pascal Couchepin a encore présenté hier d'autres mesures. Ainsi les
grandes caisses pourront réduire leurs réserves obligatoires. Pour
celles qui comptent plus de 150 000 assurés, le taux de réserve
passera de 15 à 10%. Ce taux sera diminué de 20 à 15% pour les
assurances ayant plus de 50 000 membres. Cette baisse débutera en
2007 et se fera sur trois ans.
Par ailleurs, suite à l'accord survenu en septembre 2005 entre l'OFSP
et l'industrie pharmaceutique, les prix des médicaments seront
désormais contrôlés, immédiatement après l'expiration du brevet,
puis deux ans plus tard.
Et ce n'est pas fini. Le ministre de la santé a encore annoncé une
dernière mesure: dès juillet, les recrues ne devront plus payer de
primes durant leur période de gris vert: «Cela va accroître leur
bonheur de revêtir l'uniforme et de servir la patrie», a souligné,
tout sourire, le magistrat radical.

Exemption pour les recrues
Toujours dans l'idée de faire baisser les primes, le Conseil fédéral
veut réduire, en trois ans et dès 2007, les taux minimaux des
réserves des caisses qui permettent de couvrir les risques imprévus.
Pascal Couchepin entend ainsi inciter les assureurs à une meilleure
gestion de leurs activités. Cette mesure contribuera à la
restructuration du secteur, car il y a encore trop de partenaires,
estime le ministre de la Santé.
Enfin, bonne nouvelle pour les recrues. Dès cet été, elles seront
exemptées de leurs primes lorsqu'elles seront sous les drapeaux.
4.2006