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- Conseiller d'Etat Maillard:
«On est sur une sorte de cheval fou»
Le système suisse d'assurance
maladie est un malade à soigner d'urgence. Le conseiller d'Etat vaudois
Pierre-Yves Maillard présente ses remèdes dans un livre qui préconise un
monopole public pour sortir la santé des intérêts financiers qui la rongent.
«L'Etat
est devenu un gêneur pour les assurances maladie», s'insurge Pierre-Yves
Maillard. D'une concurrence illusoire à des coopérations efficaces». Le chef
du Département de la santé et de l'action sociale (DSAS) livre dans une
première partie un constat accablant de l'assurance maladie actuelle. Dans
un deuxième temps, il avance ses solutions pour «ce vrai enjeu de salut
public».Cet ouvrage tient davantage du plaidoyer que de l'essai académique.
Gabegie
et injustice
Aujourd'hui
«on est sur une sorte de cheval fou», écrit le président de la Conférence
des directeurs cantonaux de la santé. Partie des systèmes de mutuelles qui
visaient l'entraide sans profit, l'assurance maladie s'est pervertie
aujourd'hui sous les assauts des intérêts «marchands».
Les
milliards de francs à gagner dans la santé ont balayé les garde-fous. Le
conseiller d'Etat socialiste dénonce souvent dans son livre les élus
fédéraux à la solde des caisses-maladie qui oeuvrent à Berne pour privatiser
davantage le secteur ou pour empêcher les réformes qui favoriseraient
l'intérêt général.
Pour
s'emparer de ce marché, «il faut éjecter un acteur du système: l'Etat. Cet
empêcheur de tourner en rond possède des hôpitaux, paie une partie
significative des frais de santé, reconnaît et surveille les médecins,
garantit en dernier ressort l'accès aux soins à tous. Cet acteur-là est
devenu un gêneur», s'insurge Pierre-Yves Maillard.
Urgent
d'agir
Face aux
injustices et au chaos du système, «un changement fondamental» est urgent,
souligne le ministre. Après avoir réglé son compte au Managed Care (réseaux
de soins) «fait pour les bien portants», il préconise de nouveaux
financements comme une hausse dès 2011 des subsides «d'un gros milliard de
francs» afin que la classe moyenne ne soit pas assommée par les primes.
Une autre
piste consisterait à prélever, via une initiative populaire, une cotisation
sociale sur les revenus des actions, les dividendes. Mais ces ressources
supplémentaires n'empêcheront pas «une réforme structurelle du système» qui
doit se diriger vers «un monopole public», en lieu et place du «monstre
hybride» actuel qui mêle obligation d'assurance et concurrence entre caisses
sur les primes.
Echelle
cantonale
L'initiative des sociétés cantonales de médecins demandant la séparation
complète entre assurance de base et assurance complémentaire est jugée
«excellente» par le Vaudois parce qu'elle fait «le plus peur aux assureurs».
Pour la gestion d'un nouveau système, «l'échelle cantonale» lui semble la
meilleure.
Des caisses
uniques cantonales ou des agences cantonales d'une assurance commune
nationale assureraient «une vraie cohérence entre le niveau de l'offre
sanitaire et celui des primes». Le catalogue des prestations resterait quant
à lui fédéral.
Monopole
efficace
Appelant en
conclusion à «s'affranchir des tutelles économiques», Pierre-Yves Maillard
martèle son credo pour «la logique de monopole», un mode d'organisation
qu'il faut réhabiliter après deux décennies de pensée unique néolibérale.
«Dans les systèmes d'assurance maladie ou pour les grands réseaux
d'infrastructures, le monopole, total ou partiel, a fait la preuve au cours
de son histoire de son efficacité».
12.10